Prix Patrimoine, médecine, santé du Grand Hôtel-Dieu

Félicitations à Domitille Descourtieux, étudiante du master « Patrimoine et musée » (2022-2024), qui a remporté le Prix de l’association Patrimoine, médecine, santé du Grand Hôtel-Dieu de Lyon pour son mémoire de master.

Résumé du mémoire :

Ce mémoire rentre dans le cadre de l’obtention du diplôme de master « Patrimoine et musée » de l’Université de Reims-Champagne-Ardenne. Il porte sur l’histoire de l’Hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes, de sa reconstruction au XVIIIe siècle à sa reconversion aujourd’hui. L’élaboration de ce mémoire s’est déroulée sur deux années, la première étant consacrée à l’histoire hospitalière de l’édifice du XVIIIe siècle au XXe siècle et la seconde aux enjeux de la reconversion de l’Hôtel-Dieu après sa désaffection. Le résultat de cette étude s’inscrit au carrefour de différentes thématiques, qui croisent non seulement l’histoire des hôpitaux, de la médecine et de l’architecture mais également les grandes problématiques patrimoniales de la conservation d’un bâtiment historique, ainsi que l’histoire des musées. Ce mémoire a donc pour but de proposer une étude diachronique de l’Hôtel-Dieu-le-Comte en s’appuyant sur l’évolution de la place du bâtiment au sein de son territoire.  Il s’agit de montrer combien l’Hôtel-Dieu, bien qu’étant à l’origine un simple hôpital destiné aux plus miséreux, a toujours contribué, au cours de son histoire, à l’embellissement, au développement et au rayonnement de sa ville et de son territoire.

L’Hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes est un établissement hospitalier fondé vers 1157 par le comte de Champagne Henri Ier le Libéral. D’emblée, l’Hôtel-Dieu est placé dans le giron du pouvoir et prend le nom de son prestigieux fondateur, alors que la quasi-totalité des hôtels-Dieu français sont dédiés à un saint protecteur. Installé au cœur de la cité historique de Troyes, l’Hôtel-Dieu est le symbole de la charité d’un prince médiéval, mâtinée d’un peu de calcul politique.

D’abord confié aux chanoines de l’ordre de Saint-Augustin, l’Hôtel-Dieu est géré par une administration sécularisée, qui le relie toujours plus au pouvoir politique. Progressivement, le vieil hôtel-Dieu médiéval devient un mouroir au XVIIe siècle. Entre 1702 et 1762, les administrateurs des hôpitaux de Troyes s’attellent à la chaotique, mais grandiose, reconstruction de l’édifice. Malgré de nombreuses gênes de trésorerie, des ajouts fastueux, comme une chapelle monumentale et une spectaculaire grille d’honneur, sont financés. La célébrité de ces ornements dépasse le cadre de Troyes et participe au rayonnement de la cité dans le royaume. Les administrateurs de l’Hôtel-Dieu mettent le projet de reconstruction au service de l’ « embellissement » de la ville, notion-clef de l’urbanisme au XVIIIe siècle, et au-delà de son rôle d’hôpital.

Au XIX e et au XXe siècles, l’accueil des malades dans de bonnes conditions devient prioritaire sur la dimension esthétique du bâtiment, même si, parallèlement, des travaux d’embellissement continuent d’être menés. Le bâtiment est rapidement protégé par différents classements au titre des Monuments Historiques, moins pour le témoignage de l’histoire hospitalière qu’il représente que pour la beauté de son ornementation. L’Hôtel-Dieu devient un équipement essentiel au bon fonctionnement de la préfecture de l’Aube. Cependant, il finit, comme tout hôpital ancien, par atteindre ses limites et ne correspond plus à l’exercice de la médecine moderne. L’immense chantier d’agrandissement et de modernisation de l’Hôtel-Dieu s’achève donc avec sa désaffectation définitive en 1988 et celui de sa reconversion est désormais ouvert.

L’Hôtel-Dieu est vendu au Conseil général de l’Aube en 1990. L’achat est motivé par le projet de transformation de l’hôpital en antenne de l’université de Reims-Champagne-Ardenne. Après bien des difficultés, le bâtiment, agrandi par un extension contemporaine, héberge aujourd’hui une annexe de l’URCA. L’Hôtel-Dieu-le-Comte est alors au centre des politiques locales : l’enjeu de l’implantation d’un pôle d’enseignement supérieur est essentiel pour la ville et le département. Parallèlement, un petit musée de l’Apothicairerie, ouvert en 1976, est maintenu après la désaffectation de l’hôpital. Il contribue à mettre en valeur un patrimoine pharmaceutique exceptionnel et devient le principal dépositaire de l’héritage de l’Hôtel-Dieule-Comte. Il faut noter que ce projet de reconversion est le seul à découler naturellement de l’histoire de l’Hôtel-Dieu, les autres projets étant venus s’y implanter en raison de ses nombreux atouts.

Ainsi, la situation en centre-ville, l’espace disponible et la beauté du bâtiment en font le lieu idéal pour abriter des espaces touristiques. La création de salles d’exposition des Archives départementales de l’Aube dans le corps central et l’installation d’une Cité du vitrail dans l’aile ouest, la chapelle et les dépendances transforment définitivement le vieil hôpital en pôle culturel majeur au sein de la ville et du département. Les nouvelles entités qu’abrite l’HôtelDieu contribuent à changer l’image de la région, marquée par la désindustrialisation. Il devient une vitrine du Département de l’Aube, bénéficie de campagnes de communication importantes. À nouveau, l’Hôtel-Dieu prend part au rayonnement de son territoire. Néanmoins, le risque de tels enjeux politiques et économiques est de transformer le bâtiment en une coquille vide, un simple outil au service de la promotion des actions du Conseil départemental. D’autant plus que, désormais, l’Hôtel-Dieu-le-Comte est fragmenté en plusieurs sections, gérées par des entités différentes. Il a perdu son unité et a été amputé de ses extensions du XIXe siècle, qui faisaient pourtant partie de sa cohérence architecturale. En définitive, l’Hôtel-Dieu a, tout au long de son histoire, joué un rôle essentiel dans son territoire. Malgré des périodes d’abandon transitoire, il a traversé les siècles et se dresse toujours au cœur de la ville, en participant pleinement au prestige de sa commune et de son département.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
crimel (24 juin 2026). Prix Patrimoine, médecine, santé du Grand Hôtel-Dieu. Les carnets du CRIMEL. Consulté le 15 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16gav


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